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Un arbre qui parle ? N'importe quoi !

Episode N°:1
  

Et pourtant moi qui suis si vieux j'en ai des choses à dire. Il vous suffirait d'écouter le bruit du vent dans mes ramures. Par les soirs de grand vent je raconte la longue histoire de notre village. Mais m'avez vous déjà écouté ?

Non ? Et bien désormais je m'en vais vous dire la longue aventure des ces lieux que vous croyez connaître. 

Je suis né bien avant que les hommes n'édifient l'église que j'abrite des vents de sud ouest. Je suis aujourd'hui un if plus que millénaire ; mon père l'était aussi. Ses racines tenaient la terre qui abritait les sépultures de nombreuses générations qui peuplèrent cette contrée. Il était si près de moi qu'il me conta l'histoire des siècles qui avaient vu sa jeunesse et celle de ses ancêtres.

Il y a 12 000 ans des groupes humains parcouraient cette région sur des chemins qui menaient des bords du fleuve,   bien plus puissant qu'aujourd'hui, aux territoires du Nord. La Manche n'était qu'un énorme estuaire pour le Rhin, la Tamise et la Seine. Mais ils n'étaient que les successeurs de peuples bien plus anciens et dont les outils de silex brisés ou perdus témoignent encore de leurs vies rudes. Vers 4000 ans avant J.C. la population commença à édifier des maisons et à fabriquer des outils en bronze ainsi que des céramiques nécessaires à la conservation des grains issus de l'agriculture naissante.

Des peuples gaulois venus du nord, les Calètes (en Gaulois «Cal» signifie «dur») s'installèrent quatre siècles av.J.C.et se mèlèrent aux populations locales. Ils vivaient groupés dans des camps fortifiés (Etretat-Camp de Canada à Fécamp) ou dans des villages à enclos. Malgré une lutte acharnée contre les troupes de Jules César, les Calètes furent vaincus par les Romains. De grandes fermes, les «villae» groupant autour de la maison du maître les masures des esclaves virent le jour et Angerville se développa à partir de l'une d'entre elles à proximité de sites préhistoriques abandonnés. Qu'advint-il ensuite ? Il va falloir que je rassemble mes souvenirs...      

  Taxus


 

 



Qui a dit  vieille branche ?  

Episode N°:2
  

Un peu de respect s'il vous plait ! Voyons.... Où en étais-je de mon histoire du village ? Ah oui, aux Calètes romanisés.

Et bien, peu après   la chute de l'empire romain,  ce  « Pays  des Calètes » appelé ensuite «  Pays de Caux » vit  arriver,   en 486,  des peuplades franques christianisées, dirigées par un certain Clovis.  Le christianisme était alors peu répandu au nord de la Seine. Ce sont les  Francs  qui encouragèrent    le développement des premières abbayes  – Saint Wandrille (649),  Jumièges (654), Montivilliers (684,) Fécamp (709).   Peu à peu,  sous les rois mérovingiens,  notre région vit naître ses premières églises  en bois et en torchis comme probablement à Angerville, aux dires des vieux arbres du coin.

Mais ces constructions fragiles ont ensuite souvent disparu, détruites lors de raids dévastateurs menés par des envahisseurs venus du nord, appelés « Northmanorum »,  c'est à dire  « hommes du Nord » ou « Normands ». Ainsi, en 841, remontant la Seine sur leurs drakkars ils pillèrent  et dévastèrent les monastères, les églises et les villes  jusqu'à Jumièges et Rouen. Les campagnes ne furent pas épargnées. En 896 ils étaient  définitivement installés à l'embouchure de la Seine. Les noms de villages ou villes  en « tot » (domaine rural), en « bec » (cours d'eau), en « fleur » (estuaire, port) en conservent la trace.

Cependant, au début du Xe siècle (c'est à cette époque que moi, l'If  du village, je suis né) le baptême du viking Rollon, duc de Normandie,    fut le point de départ  d'un nouvel élan religieux au nord de la Seine ; de nouvelles églises allaient  sortir de terre.  C'est au début du XIIe siècle que je vis, non loin de moi,   des hommes et des femmes, unir leurs efforts pour édifier une tour carrée, en pierre,  surmontée d'un clocher, dominant  de ses 25 mètres leurs  petites maisons basses en terre et en bois.  Tout près du portail de leur nouvelle église, j'aurais déjà pu, à l'époque, souffler mes deux cents premières bougies ! C'est alors que...... Mais cela, j'ai bien encore le temps de vous le raconter. Patientez  donc un peu  !

  Taxus


 

 



La paroisse d'Ansgervilla Episode N°:3
  
C’est alors…. que le nom de notre commune se forgea. L'église érigée en ce début de XIIe siècle rehaussait un début de construction datant du XIe. Elle était désormais plus haute que moi !  Agrandie, elle était la fierté de la paroisse d'Ansgervilla, nom attesté dans de vieux manuscrits, notamment des chartes du XIIIe siècle.
La paroisse d'Ansgeri-Villa, tirait son nom de la villa – ancienne exploitation agricole gallo romaine- d'un certain Ansger.
Par la suite fut rajouté le nom d'Auvrecher ou Auvricher, (Auricherium) signifiant chez les Francs, le « pré de Richer ». On retrouve ce terme à Gonfreville où la présence d’un château franc surveillant l’embouchure de la Seine est connue. On sait aujourd’hui qu’un seigneur normand prit ce  nom d' Auvrecher, en recevant en fief un territoire comprenant les terres de  Gonfreville puis d'Angerville.
Sur le territoire de cette grande seigneurie d’Angerville qui n’était pas, comme souvent à l’époque, d’un seul tenant, l’une des paroisses prit le nom d’Angerville l’Auvricher, l’autre de Gonfreville  l’Auvricher (elles deviendront bien plus tard, par déformation, Angerville et Gonfreville l’Orcher).
En 1204, le Roi de France Philippe Auguste, peu après la chute de Château Gaillard, confisqua la Normandie à Jean Sans Terre (le frère de Richard Cœur de Lion) et la fit entrer dans le domaine royal. La  terre d'Angerville devint ensuite un plein fief de haubert : son possesseur avait le droit de porter le haubert ou cotte de maille, et l'obligation de s'équiper comme chevalier afin d'aller à la guerre à la demande du roi de France. C'était une charge financière très importante assumée en grande partie grâce aux richesses produites par les habitants du fief. L’histoire d’Angerville au Moyen Age et même au-delà fut celle de puissants seigneurs.
Mais il se fait tard et je suis bien vieux, même pour un If ! Mes branches engourdies par le froid de ce rigoureux hiver 2009 demandent quelques repos. Je vous conterai la suite au printemps si vous le voulez bien….c’est promis. En attendant portez vous bien et faites moi un petit bonjour en passant !
  Taxus


 

 



Les seigneurs d’Angerville

Episode N°:4
  

Voici enfin la belle saison. Le vieil if millénaire que je suis, va se réchauffer les branches au soleil de l’été et reprendre pour vous l’histoire de notre village.

Je vous ai dit précédemment, qu’en 1204, au  début du XIIIe siècle la famille d’Angerville était déjà l’une des plus anciennes et des plus puissantes de Normandie. Elle comprenait au moins trois branches. Des premiers seigneurs j’ai souvenir de quelques faits et noms.

Dès 1041 le nom de Guillaume d’Angerville était cité à propos de son mariage et quelques années plus tard en 1066 un Sire d’Angerville prit part à la conquête de l’Angleterre aux côtés de Guillaume le Conquérant, d’un certain William Crespin et des seigneurs de Tancarville et de Bolbec. 

Un peu plus tard, en 1099 lors de la Première Croisade, parmi les chevaliers qui s’emparèrent des lieux Saints, on évoquait alors les noms d’un Guillaume d’Anserville (l’orthographe était encore loin d’être fixée) mais également de Jean d’Auvrecher, Jean de Hellande, Guillaume du Coudré, les sieurs de Manneville, de Beuzeville, de La Poterie, de Grosmesnil….. Ils en avaient fait du chemin nos seigneurs du pays de Caux !

La famille d’Angerville, au service des ducs de Normandie et des rois de France occupa sans doute très tôt la charge de « Maréchal héréditaire de Normandie » ce qui lui conférait un commandement militaire. Je sais également qu’en 1204 le roi de France, Philippe Auguste, avait parmi ces plus proches chevaliers un Guillaume d’Angerville qu’il fit « Sénéchal » lorsqu’il entra dans Rouen et s’appropria la Normandie, lui donnant ainsi des droits de justice sur un vaste territoire.

  Taxus


 

 



La Guerre de Cent Ans Episode N°:5
  
Voilà qu’on a cassé les murets qui me coinçaient les racines ! Mais où en étais-je de mon histoire ? Ah oui ! Au …..XIIIe siècle
 Les sires d’Angerville favorisèrent les religieux du Valasse et confièrent le prieuré de S.Dignefort de Gonfreville aux moines de Graville. Notre village, vers 1275, comptait 120 paroissiens ou chefs de famille, soit environ 600 habitants. L’agriculture prospérait. En 1322 le roi avait confié au seigneur d’Orcher la défense du Mont-Saint Michel contre les attaques anglaises.
L’histoire de la seigneurie allait cependant bientôt basculer.
La guerre de Cent Ans commençait ; la peste noire tua la moitié du village. La même année, en 1348, une terrible tempête ravagea le pays de Caux ; j’y perdis quelques branches ! Puis une longue sécheresse fit souffrir cultures, bêtes et hommes. En 1356 sur ordre royal le château de Gonfreville fut démantelé pour éviter que les Anglais ne s’y établissent. Une quarantaine d’années plus tard les d’Angerville ne possédaient plus leur seigneurie. En pleine guerre, faute d’héritier, leurs terres entraient dans les possessions de Guillaume Crespin de Mauny, descendant de Rollon et gendre de Robert d’Angerville.
 En 1415 les Anglais prirent le château de Gonfreville  rebâti, et écrasèrent la chevalerie française à Azincourt. Les terres d’Angerville et du Bec Crespin furent confisquées et données à John Fastolf, favori et Chambellan d’Henri V, roi d’Angleterre (W.Shakespeare en fit un personnage de théâtre). Les charrettes se mirent à rouler à gauche…non je plaisante !
 Alors, je vis les débris de l’armée française ravager la contrée. Puis en 1417 le duc d’Exeter depuis Harfleur et Fastolf depuis Fécamp se livrèrent à de terribles pillages ; les clochers, les bois, servirent de refuges aux survivants. Les loups couraient les campagnes. Longtemps après l’expulsion des envahisseurs (en 1449), les champs restèrent à l’abandon. Les Cauchois affamés se firent brigands, mercenaires à la solde de qui voulait bien les nourrir. Dans ces sombres années, des trésors furent enfouis, pour échapper aux saccages et je me souviens que, non loin d’ici….mais chuut ! Dois-je vous en dire plus ? Si vous êtes sages, mais bien après la Noël !

 
  Taxus


 

 



Le Trésor d’Angerville Episode N°:6
  
Alors les Angervillais ! Selon vous il n’y avait plus de saisons ! Plus d’hiver ! Et bien cette année vous avez été servis ! Moi également ! Parole de vieil if ! Espérons tout de même un beau printemps puis un été digne de ce nom.
Oui, je sais vous êtes impatients de connaître la suite de l’histoire. Bon ! Souvenez-vous, je vous avais parlé d’un trésor enfoui pendant la guerre de Cent Ans. Alors tenez vous bien, j’ai été témoin d’événements plus que troublants !
Voilà qu’en 1419, après la prise d’Harfleur par les Anglais, Clément Overton, l’écuyer de
John Falstof qui fit tant de mal à la contrée, s’installa au manoir des Hellandes avant de devenir gouverneur de Montivilliers. Les abbesses de Montivilliers auraient alors caché l’or et les objets de valeur des seigneurs des environs pour éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’ennemi. Mais où ? Sans doute dans le puits d’un manoir du côté du hameau du Mouchy, carrefour, dit-on, de plusieurs souterrains reliant l'abbaye de Montivilliers, le manoir de Rolleville, le château des Hellandes et le bourg d’Angerville l’Orcher.  A deux pas  de mes racines du côté de la caserne actuelle des pompiers.
Dérangé à cette époque par de nombreuses allées et venues nocturnes sous mes branches, j’entendis un soir, parler de trésor et de Templiers. Des biens ayant appartenu à cet Ordre dissous un siècle plus tôt par Philippe le Bel n’avaient-ils pas été cachés pour échapper au roi puis, en pleine Guerre de Cent Ans, déplacés de châteaux en manoirs pour enfin être enfouis ici, avec la fortune des seigneurs de la région ? Allez savoir !
Depuis peu des archéologues ont entrepris  des fouilles avant le passage des engins qui vont construire la nouvelle route de contournement du bourg. Vont-ils trouver les vestiges d’une villa gallo-romaine ? Un cimetière mérovingien ? Ou ces fameux souterrains s’ils ne se sont pas effondrés depuis ? Qui sait ? Et même, s’il faut le reconnaître, les chances sont minces, on peut toujours rêver, non ?
Bien, il est maintenant temps de se quitter. On en reparle au début de l’été si vous le voulez bien.

 
  Taxus


 

 



Les Protestants à Angerville. Le temps des  guerres de religion… Episode N°:7
  
Et un été de plus pour votre vieil If ! La fête du village a été une réussite. Et enfin, il fait chaud ! Poursuivons maintenant l’histoire de notre village.
Les décennies qui suivirent  la Guerre de Cent Ans furent  moins mouvementées ; il fallait reconstruire et effacer les traces des combats. Mais le répit fut de courte durée et  dès le milieu du XVIe siècle des problèmes religieux survinrent en Normandie comme dans le reste de la France. Les Guerres de religion allaient une fois encore semer la misère et la désolation.
Dès 1542 le parlement de Normandie signalait la présence d’un grand nombre de protestants au Havre et dans les environs. Ceux-ci se rendirent maîtres de la cité océane en 1562. Mais ayant demandé l’aide des Anglais ils provoquèrent l’intervention du roi de France Charles IX dont les troupes reprirent la ville le 23 juillet de l’année suivante. Chassés du centre urbain ils se réfugièrent dans les campagnes, notamment à Criquetot, Turretot, Octeville et Angervile l’Orcher. Les registres de l’église calviniste du Havre, établie d’abord à Turretot nous apprennent qu’en 1578 les  Réformés étaient 268 à Angerville, 124 à Hermeville, 172 à Manneville et 50 à Saint-Sauveur. Un temple existait dans notre commune mais son emplacement exact demeure incertain puisqu’il fut ensuite détruit ; et ce n’était bien entendu pas à proximité de ma ramure !
Ces guerres de religion entre catholiques et partisans de la Religion Réformée  n’épargnèrent pas la contrée. Le 10 novembre 1587 les troupes catholiques  du  Duc de Guise mirent en pièces 400 mercenaires suisses au service des protestants dans la plaine des  hameaux  de Caltot et de France. Les victimes furent enterrées sur place. Quelques temps plus tard Henri IV devenu catholique, vint au secours de son fidèle  Bois-Rozé de Goustimesnil assiégé dans Fécamp par les Ligueurs. Les pillages, meurtres, brigandages se poursuivirent pendant de nombreuses années ; la plupart des animaux ayant péri, c’étaient les hommes qui tiraient les charrues ; les récoltes étaient insuffisantes ; il fallut attendre l’Edit de Nantes proclamant la liberté de conscience en 1598 pour retrouver une vie meilleure dans le Pays. Les deux religions pouvaient cohabiter. Mais cela ne dura qu’un temps ! Sous Louis XIV les troubles reprirent. Mais cela, je vous le dirai cet automne, si vous le permettez !

 
  Taxus


 

 



Angerville aux XVIIe et XVIIIe siècles Episode N°:8
  
Un peu moins d’un siècle s’était écoulé et sous Louis XIV les persécutions reprirent ; la destruction en 1681 du  temple protestant d’Angerville précéda de quatre  ans la révocation de l’Edit de Nantes par l’Edit de Fontainebleau (1685) ; les protestants devaient se convertir, ou accepter d’entretenir chez eux et à leurs frais un soldat du roi ; certains choisirent l’exil à Londres ou Rotterdam,  risquant de se faire condamner aux galères s’ils étaient pris.  Les menaces de l’autorité royale ramenèrent au catholicisme les deux tiers d’entre eux.
Entre temps, que devenait la seigneurie d’Angerville ? Vers  la fin de la Guerre de Cent Ans, les terres d’Angerville étaient passées de la famille Crespin à la famille de Brézé, puissante famille mêlée de sang royal. Guyon le Roy, sieur du Chillou, vice-amiral de France, qui avait épousé Françoise de Brézé,  fut l’un des promoteurs de l’édification de la ville du Havre sous François Ier. Il vendit ensuite la châtellenie d’Orcher et d’Angerville ; de nombreux propriétaires se succédèrent, qui n’habitèrent que rarement Orcher et presque jamais Angerville. Résidant à Rouen ou à Paris, ils ne faisaient qu’en percevoir les revenus. Parmi eux, le fameux banquier Law dont la faillite  mit en péril les caisses de l’Etat durant la Régence (1720). Ainsi vers 1750, sous le roi Louis XV, le manoir seigneurial déjà converti en presbytère fut laissé à la fabrique (qui gérait l’entretien de l’église).
Angerville l’Orcher était un centre important de fabrication de toile de lin et ce depuis le XIVe siècle.  Les maîtres toiliers formaient des  apprentis qui présentaient au bout de deux ans un chef d’œuvre devant quatre anciens de la corporation. Dans presque toutes les fermes, les métiers à tisser procuraient un complément de revenus. Mais les temps étaient encore durs ; pendant l’hiver 1684, la mer gela, les tonneaux de cidre se rompirent ; la léproserie d’Hermeville ne servait plus mais la peste en 1694 fit 69 morts ; les années 1727, 1737, 1739, 1759, 1764-68 furent marquées par de terribles famines.
On approchait alors du règne de Louis XVI. Mais il faut que je m’arrête un peu pour rassembler mes souvenirs sur une période qui allait être très agitée ! Ne m’en veuillez pas mais je m’en vais prendre mes quartiers d’hiver ; je suis un très vieil if vous savez !

 
  Taxus


 

 



Angerville l’Egalité Episode N°:9
  
Ah, ah ! Le titre vous étonne ? Et bien si ma mémoire est bonne,  ce fut le nom de votre commune pendant quinze mois, sous la Révolution.
Tout avait bien commencé dans le village, à l’image du grand banquet de 400 couverts réunissant riches et pauvres le 14 juillet 1790, en mémoire de la prise de la Bastille un an auparavant. L’abbé Eude (élu représentant aux Etats Généraux de 1789) y prononça même un discours enthousiaste ; le maire prêta serment à la Nation et au Roi.
Mais bientôt la Terreur fit oublier l’enthousiasme des débuts. Les révolutionnaires voulaient du neuf ; la municipalité  devait  suivre les décisions du Comité de Salut Public qui souhaitait   déchristianiser le pays ; sur décision de l’administration du district, Saint -Martin-du-Bec prit le nom de « Dampierre-la-Source », Saint-Sauveur-la-Campagne fut appelée « Sauveur-la-Campagne » et Sainneville  « La Charité ». Les villages ne portant pas le nom d’un saint firent également honneur aux idées nouvelles : Criquetot  devint « La Hauteur », Beaurepaire « La Fermeté-Invincible », Virville « Le Soutien-de-l’Egalité,  Etainhus « Les Trois-Sœurs-Réunies ». Les prêtres, sommés de prêter serment à l’Etat, s’exilèrent. Pour les besoins des guerres révolutionnaires, l’église dépouillée de ses ornements fut  dédiée à la déesse de la Raison. Deux de ses trois cloches furent fondues en canons à Harfleur. 
Un épisode illustre bien le trouble installé dans les esprits. Le dimanche 17 mars 1793 la municipalité, la garde nationale et une partie des citoyens plantèrent en bordure du cimetière de l’église un « arbre de la liberté ».  Or, dans la nuit du lundi  qui suivit,  malgré la peur de la guillotine, l’arbre fut coupé en deux !  Les officiers municipaux en firent replanter un autre ! Mais pour une partie de la population, les changements étaient trop rapides ; allaient trop loin. C’est qu’il s’en passait des choses sous mes vieilles branches !

 
  Taxus


 

 



Angerville à la fin de la Révolution Episode N°:10
  
Après ce printemps sec et très chaud, voici à nouveau un peu de pluie. Il était temps. L’if millénaire que je suis en a vu d’autres, mais quand même !
Tiens, justement, sous la Terreur !  Le printemps 1794 avait été chaud puis la pluie était arrivée avec les orages au début de l’été, sur des récoltes trop maigres. Ce coup de grosse chaleur par la baisse de la nappe phréatique, les eaux pourries dans les puits, mares et rivières, avait provoqué des dysenteries. La mauvaise récolte provoqua la disette de l’hiver 1795 !
Il n’y avait pourtant pas de pollution industrielle pour expliquer le réchauffement climatique qui marquait cette seconde moitié du XVIIIe siècle ! Etrange, non ?
Pendant ce temps les armées des rois étrangers menaçaient le pays et la Révolution. Les députés de la Convention ayant proclamé la « Patrie en danger » et décrété la « levée en masse », de nombreux Angervillais participèrent aux guerres révolutionnaires à travers toute l’Europe et sur les océans jusqu’en 1799.
Dès 1802 les guerres de Napoléon allaient les remettre sur les routes.  On les retrouve du côté de Dunkerque où se préparait une invasion de l’Angleterre. La même année l’église d’Angerville était à nouveau ouverte au culte. Napoléon pour qui la Révolution était bel et bien terminée,  faisait ainsi, à peu de frais,  plaisir au peuple  qui retrouvait  ses prêtres et ses églises. En 1828, le clocher pouvait faire sonner ses trois cloches bénies par M.Labbé, curé d’Angerville.
L’église allait ensuite connaître quelques soucis…que je vous  conterai à l’automne. 

 
  Taxus


 

 



Angerville et son église au XIXème siècle Episode N°:11
  
Voici l’automne ; cette année nous avons droit à un « été de la Saint Martin ». Il fait particulièrement doux ; profitons-en !
Alors…..oui…. les soucis que connut notre église après la Révolution et l’Empire.  Je crois que j’en étais arrivé là !
En 1867, l’église était classée aux monuments historiques de troisième classe. Une bonne nouvelle pour la commune ! Certes, mais dans les semaines qui suivirent, la foudre frappa le clocher, occasionnant quelques dégâts à la toiture.
C’était  le 13 du mois de juillet. Les Angervillais pensaient avoir eu de la chance, moi également car en if imposant que je suis j’aurais bien pu être touché !   Aussi les conversations à propos du chiffre 13 allaient bon train.
Cependant quinze ans plus tard, le 20 novembre 1882 un éclair s’abattait  à nouveau sur la tour ! Heureusement que je suis né près du portail ouest de la nef ! Cette fois-ci les témoins (j’en suis)  racontent qu’à six heures du matin alors qu’il faisait encore nuit un  énorme nuage, poussé par une forte rafale d’ouest passa au dessus du village ; des grêlons gros comme des œufs tombèrent sur les toits ; sous l’effet du nuage électrique, des aigrettes lumineuses dansaient au faite des cheminées des maisons. Tout à coup une formidable détonation retentit et un immense globe de feu entoura le clocher. Les dommages causés à l’ouvrage furent considérables. Le devis de restauration s’éleva à plus de 12 000 francs or de l’époque. (Un ouvrier gagnait 2 à 3 francs par jour et l’on pourrait estimer la somme à 300 000 euros d’aujourd’hui). Ce même orage avait dévasté l’église de Cauville et le clocher de Virville.
Bien ! Et si nous reprenions rendez vous au printemps pour la suite ? Car il est maintenant temps pour votre vieil if de s’engourdir un peu pour l’hiver ! A bientôt !         
                                          
  Taxus


 

 



Angerville L’invasion prussienne de 1870 Episode N°:12
  
Bien ! Avec les beaux jours je suis heureux de vous conter la suite de l’histoire de notre commune. Tiens, je me rappelle avoir vu un jour de 1870, un camp de prussiens installé juste sous mes ramures.
Cette année-là, après la défaite des armées de Napoléon III à Sedan, les Prussiens entrent en Normandie au cours des mois d'octobre et de novembre par le plateau du Vexin. Les combats se poursuivent encore mais les Français, complètement désorganisés, abandonnent Rouen, que l’ennemi investit les 5 et 6 décembre.
Le général Manteuffel y installe un préfet et une administration prussienne.
Les premières avant-gardes ennemies envoyées en reconnaissance arrivent à Saint Romain, Angerville l’Orcher, Criquetot l’Esneval et Gonneville la Mallet le 9 décembre. Ce n’est pas de bon augure. D’ailleurs, dès le dimanche 11, vers midi, une division allemande composée de 6 0000 hommes, 1200 chevaux et une trentaine de pièces d’artillerie entre à Angerville par la route de Manneville la Goupil. C’est un défilé bruyant et inquiétant qui dure plusieurs heures.
Tout le village est occupé ; la troupe s’installe de force dans plus de 200 maisons du bourg et des hameaux. Les habitants subissent la confiscation de leurs biens par les soldats qui parcourent la commune en organisant une véritable razzia de chevaux, charrettes, grains et fourrages. Lorsqu’ils repartent le 13 décembre pour affronter le général Faidherbe vers le nord, le village est sous le choc et les pertes économiques importantes.
A l’époque il n’y a déjà plus de cimetière autour de l’église. Mais cela je vous le conterai cet été si vous le voulez bien !
  Taxus


 

 



Angerville, Le déplacement du cimetière Episode N°:13
  
Et dire qu’il y en a qui craignaient la sécheresse en mars ! Alors là, des printemps pluvieux comme celui-ci je n’en ai pas vu souvent, croyez moi !
Au fait vous avez vu ? On m’a retaillé ; on m’a fait une nouvelle coupe ! Je suis plus présentable désormais.
Il y a peu, j’ai entendu qu’il allait y avoir des travaux d’entretien et d’embellissement du cimetière. Alors je m’en vais vous conter un peu de son histoire !
C’est sous Napoléon III que le besoin de place pour mieux circuler se fit sentir au cœur du village.
Le développement de l’activité économique durant le Second Empire amena un accroissement de la circulation…eh oui…déjà !  Devant l’église, la rue de l’Europe actuelle avait été élargie par la destruction   des fossés qui entouraient le cimetière. Mais ils firent place  à des hallettes en bois où se tenait un petit marché, ce qui resserrait à nouveau l’espace disponible.  Ce lieu devenait également très bruyant.
Les habitants avaient leurs activités et leurs vies à mener et  pour les morts  un environnement plus paisible semblait souhaitable. Plusieurs emplacements furent retenus et peu à peu l’idée de le déplacer à   la sortie du village, sur la route menant à Hermeville, s’imposa. C’est en 1864 que le nouveau cimetière  fut inauguré officiellement par la municipalité. Une souscription des Angervillais permit d’ériger sur ce nouvel emplacement une croix monumentale en pierre de Caumont de plusieurs mètres de haut toujours visible aujourd’hui.
Un if est réputé être immortel ; c’est pourquoi l’on nous plante dans les cimetières !   Désormais je ne veille plus sur nos morts.  En 1864  j’étais déjà trop grand pour être déplacé ! Près du porche de mon église je me suis senti soudain  un peu seul après ce « déménagement ». Mettez vous à ma place ! Mais bon, depuis je m’y suis fait.    
  Taxus


 

 



Angerville l’Orcher et la Grande Guerre Episode N°:14
  
Bien ; après vous avoir conté l’histoire du cimetière, le monument aux morts sur lequel je veille depuis plus de 90 ans me rappelle un autre épisode de l’histoire de notre village. Je me souviens très bien  de ce jour particulier  d’un bel été (pas comme cette année !)
Nous sommes le  1er août 1914. L’église  sonne le tocsin et  le tambour résonne. Les Angervillais  abandonnent les moissons. Devant la mairie des hommes lisent une affiche. On entend des conversations agitées.  Les femmes sont inquiètes. Cette affiche qui vient d’être placardée, c’est  celle de la mobilisation générale !
Oh, elle est bien peu détaillée ! Mais chaque homme possède  son livret militaire. A l'intérieur se trouve le fascicule de mobilisation.  Grâce à ce document de 4 pages il sait exactement ce qu’il doit  faire une fois la mobilisation décrétée. Il lui faut rejoindre son affectation et  revêtir l'uniforme comme 2,7 millions de réservistes. Il n’est pas encore question de guerre,  juste de mobilisation. Enfin jusqu’au 3 août ! Ils ne partent pas tous  le lendemain. En effet, contrairement à une idée reçue, les départs s’échelonnent sur plusieurs  semaines, voire plusieurs mois pour l’année 1914. Après plus de 4 années de guerre et bien d’autres départs pour les champs de bataille. 31 noms sont gravés sur le monument au pied de notre église.
Les combats n’ont pas lieu tout près d’ici, et cependant  la guerre est  proche ! En effet, Angerville et Manéglise  voient affluer plus de 4 000 blessés, accueillis au château des Hellandes transformé en hôpital militaire belge  de  mars 1917  à  décembre 1918.
Pourquoi un hôpital militaire belge ? Parce que les Allemands occupant  Bruxelles,   Sainte Adresse, qui abrite le gouvernement d’Albert Ier en exil, devient la capitale de la Belgique. Avec la présence de cet hôpital et de celui de Fécamp  les habitants de la région vont avoir une connaissance plus précise des souffrances endurées sur le Front et que les  autorités politiques cachent en imposant une stricte censure du  courrier (des soldats) et de  la presse. 
 
  Taxus


 

 



Angerville l’Orcher dans la Seconde Guerre mondiale. Episode N°:15
  
Bien, nous revoici à la veille du printemps. En espérant un peu de soleil ! Encore une année pour mes vieilles branches d’if millénaire et, ma foi, je me porte encore bien.
Dans les années 20 et 30 le village n’avait  pas beaucoup changé. Les naissances avaient été peu nombreuses pendant la guerre ; il y avait moins d’enfants ; la crise économique de 1929   avait ralenti les activités mais ici à la campagne, c’était moins grave, malgré des prix de vente des produits agricoles trop  bas pour nos agriculteurs.
Cependant ce n’était rien à côté de ce qui nous attendait. En juin 1940, le 12 je crois, les troupes allemandes étaient aux portes du village, venant de Fécamp qu’elles avaient occupé la veille. Le lendemain elles étaient au Havre. Les Angervillais allaient connaître comme partout en zone occupée, les rationnements et réquisitions, que ce soit pour la nourriture, les chevaux, les carburants, les véhicules, les matières premières et matériaux de toutes sortes.
La côte fut déclarée « zone interdite » par l’occupant : il n’était plus question de s’approcher du bord de mer, sauf pour les « réquisitionnés » forcés de travailler sur les ouvrages du Mur de l’Atlantique, à Etretat, Saint Jouin Bruneval, Octeville, Fontaine La Mallet….. Dans les foyers,  des hommes manquaient à l’appel. Outre les morts pour la France lors des combats de Juin 1940, la mairie dénombrait encore au 1er octobre  1943,  27 prisonniers en Allemagne, leur allouant à chacun 100 francs pris sur les fonds libres de la commune et  déposés sur leur « livret du prisonnier ».
Des tranchées d’abris furent creusées dans les cours des écoles, celle des filles près de l’école actuelle, et celle des garçons située à la mairie,  en raison du  danger représenté par les bombardements  alliés. Personne n’était épargné. Ces années m’ont laissé un fort mauvais souvenir. J’ai même cru qu’on allait s’attaquer à mon tronc…mais bon, heureusement, du bois on en trouvait encore à la campagne.
Dois-je poursuivre maintenant et  évoquer le 1er septembre 1944….Oh, et puis non ! Ce sera cet été, si vous le voulez bien. J’aime bien vous faire patienter……… Si, si !                                        
  Taxus


 

 



Angerville l’Orcher  libérée Episode N°:16
  
Ce 1er septembre 1944, chers amis angervillais,  les drapeaux bleu, blanc rouge montraient  l’enthousiasme général de la population après le départ récent de l’occupant. Sous mes ramures, les postes de radio des « Jeep » crépitaient et c’était je crois des Britanniques, pas des Américains. Il était question du 1er corps d’armée  qui libérait  le Pays de Caux et  marchait sur « La Forteresse du Havre ».
Pendant leur halte  les soldats parlaient d’un certain  major général Barker qui établissait le poste de commandement tactique de la 49ème Division britannique (49th West Yorkshire Division) à Etainhus, juste à côté d’ici, pour un assaut sur Gainneville puis Le Havre. Une autre division revenue du nord après avoir libéré Saint Valéry en Caux, la  51èmedivision écossaise (51st Higlander Division), devait aider à encercler les 11 000 allemands encore présents sur la pointe de Caux. Lesquels étaient là sous mes branches de vieil if ?  Je ne l’ai pas bien compris. C’était trop confus !
En effet, autour de  l’église,  le mélange des curieux venus à pieds ou à vélo des alentours avec des soldats donnant des ordres,  s’interpellant, s’affairant autour des véhicules pour refaire  le plein des réservoirs,   créait une drôle d’agitation ; on parlait fort, mais il faut dire que tous ces gens ne se comprenaient que par quelques mots accompagnés de gestes et dans un bruit assourdissant de moteurs et de messages radio. Dans les heures qui suivirent tout ce petit monde était reparti. Le  lendemain la pointe de Caux était encerclée ; et le 5 septembre quand mes racines ont commencé à trembler c’était le terrible bombardement du Havre par l’aviation anglaise qui débutait. Nos prisonniers de guerre étaient encore loin de rentrer à la maison.
  Taxus


 

 



Angerville l’Orcher...
pour finir                                            
                                           
                                                                            
Episode N°:17
  
En cette fin d’automne  je vais mettre un terme à mon récit. A  propos de ce qui s’est passé à Angerville depuis 1945 je ne vous apprendrai rien. C’est votre histoire.  Mais peut-être bien que certains ont oublié ?  Et puis il y a les petits nouveaux. Alors comme je suis bavard, vous vous en doutiez, je vais tout de même dire quelques mots.
En 1955 la Seine Inférieure devenait la Seine Maritime. C’est peu après que le nouvel établissement scolaire a été bâti dans la rue des écoles actuelle.
Au centre du bourg, la maternité allait bientôt fermer. On naissait encore à Angerville dans ce temps-là. Les nombreux cafés aujourd’hui disparus étaient très fréquentés ; dans les rues les voitures plus nombreuses disputaient la place aux charrettes et aux chevaux.
Au tournant des années, « 60 » et « 70 » les lotissements se sont mis à pousser. La population s’est peu à peu diversifiée, les nouveaux occupants travaillant désormais dans la grande zone industrielle du Havre. Je pourrais vous dire aussi qu’on ne voit plus aujourd’hui les garages automobiles, les magasins de vaisselle et d’autres commerces encore. Mais bon, les rues sont toujours vivantes ; je le constate chaque jour car heureusement les hommes m’ont laissé à la place qui est mienne depuis l’époque des Croisades ; et récemment ils m’ont soigné alors que j’étais un peu malade. L’un d’entre eux a même su prendre le temps de m’écouter pour vous dire ce que je lui ai soufflé lorsque le vent bruissait dans mes ramures.
Voilà ! J’ai fait un bout de chemin avec vous mais on prétend que les ifs sont immortels. Alors c’est dans mille ans sans doute et pour d’autres que je poursuivrai mon histoire dont les pages ne sont pas encore écrites. Vous pourrez désormais me dire bonjour en passant, mais vous ne m’entendrez plus.

 
  Taxus


 

 



Mme le Maire et le Conseil Municipal
ont le plaisir de convier les Angervillais  à  l’inauguration de leur nouvelle mairie,
Le samedi 8 Avril 2017 à 11h00



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